Skyrock autoproclamée « première

Skyrock autoproclamée « première sur le rap » depuis 15 ans, la station ne fait pas l’unanimité chez les rappeurs.

Si Skyrock a montré ces derniers jours une formidable capacité à mobiliser ses auditeurs, la radio compte dans le milieu artistique rap autant de supporters reconnaissants, qui répugnent à « cracher dans la soupe« , que de détracteurs cinglants.

Orientée rock au départ, Skyrock a pris un virage rap en 1996, au moment où le genre décollait tout en manquant de visibilité. Une place était à prendre et en bon stratège, le fondateur de la station Pierre Bellanger l’a prise. Pas par affinité musicale mais par opportunisme. Elle a ensuite beaucoup contribué à limer les griffes du rap français et à en faire un genre immature, ciblant les jeunes et les très jeunes. En bref, celle qui se pose en sauveuse du genre ne l’a-t-elle pas aussi phagocyté ? C’est ce que dénoncent certains « anciens » du rap.

« Certains diront qu’ils ont fait du bien parce qu’ils ont diffusé du rap dans les chaumières françaises, mais depuis la fin des années 90, c’est de la sous-merde. « Ils ont réussi à pousser les maisons de disques à formater le rap« , dénonce Dee Nasty dans le dernier numéro des Inrockuptibles qui consacre sa couverture à l’affaire Skyrock. « Je ne vais pas verser de larmes, qu’ils crèvent. C’était ma pelletée de terre sur leur cercueil », conclut le DJ historique du hip-hop français.

Imhotep, l’architecte sonore de IAM est moins radical mais tout aussi cinglant dans le même numéro des Inrockuptibles. « Premier sur le rap, c’est une blague. Ce sont des concurrents de Fun et NRJ avec un peu plus de rap français. L’époque où j’écoutais Skyrock est révolue. Pour que je la réécoute, il faudrait qu’ils nomment Oxmo Puccino directeur de la radio ».

« Ils ont profité du rap, puis participé à la dénaturation du mouvement, mais avec la complicité des artistes et surtout de leurs maisons de disques », constate de son côté le manager de NTM Sébastien Farran. Mais il souligne que si Skyrock « n’a jamais pris le moindre risque artistique », ses responsables n’ont « jamais été hypocrites » et n’ont jamais « pris en otage » les maisons de disques ni incité à « des magouilles ».

« Combien de mecs se défroquent pour passer sur Skyrock ? » demandait déjà La Rumeur en 2003. En tête des artistes les plus virulents vis à vis de la station, le groupe lui avait consacré un morceau critique, « Nous sommes les premiers sur… », qui dénonçait la dérive commerciale du rap au détriment de l’engagement politique.

C’est à Oxmo Puccino, qui fait office de sage du mouvement, qu’on laissera le dernier mot. « Les avis sont partagés, tout le monde à tort et tout le monde a raison ». Fermez le ban.

Source : http://culture.france2.fr/musique/actu/skyrock-divise-le-milieu-du-rap-francais-68491257.html